Dans le sillage de Jules, septuagénaire toujours fringant, les pensionnaires d’un établissement pour personnes âgées commencent à contester l’autorité de leur directrice. Laquelle, face à la fronde, licencie l’assistant social qu’ils appréciaient et impose de nouvelles règles encore plus strictes. Pour Jules, c’en est trop : il profite d’une virée en ville pour s’enfuir en Tunisie avec deux de ses voisines de chambre. Mais les fugueurs sont bientôt rattrapés par Interpol. Alors que Jules est menacé d’internement, ses camarades entrent en rébellion contre la direction et les forces de l’ordre, dressant des barricades dans l’établissement et déroulant des banderoles de protestation sur le toit, sous le regard médusé des riverains...
Liberté et dignité
"Les vieux au pouvoir", peut-on lire sur l’une d’entre elles. Cinq ans après avoir pris part à la révolte étudiante de Mai 68, le Belge Benoît Lamy (1945-2008) mettait en scène, dans un premier long métrage au succès inattendu, le soulèvement de seniors contre l’infantilisation et l’encasernement à l’œuvre dans leur "home" – le nom donné aux maisons de retraite chez nos voisins. Autour de figures du théâtre belge (Marcel Josz, Ann Petersen et Jacques Lippe incarnent respectivement Jules, la directrice et le chef de la police) et d’un duo de jeunes comédiens français – Claude Jade en infirmière rigide qui change de camp et Jacques Perrin, également producteur, dans le rôle de l’assistant social bienveillant –, le cinéaste a réuni une brochette de non professionnels, qui donnent au film un supplément d’authenticité. Mais loin de l’image de faiblesse à laquelle on associe souvent la vieillesse, Benoît Lamy fait de ces invisibilisés des héros pugnaces et vindicatifs, célébrant avec une joie subversive leur vitalité de (sales) gosses. À la fois tendre et sarcastique, une comédie belge méconnue, dont le fond politique – la place des aînés dans la société – demeure d’actualité plus d’un demi-siècle après sa sortie.