Parti à la recherche de sa femme disparue, Pierre quitte Paris et fait route vers Berlin, où il la retrouve dans un hôpital psychiatrique. Complètement désorientée, celle-ci retourne tous les ans dans la capitale allemande où sa fille a été enlevée à l'âge de 3 ans. Cette fois-ci, elle est persuadée de reconnaître sa chère disparue sous les traits de Nina, une jeune vagabonde allemande rencontrée lors d'une soirée, qui fait les quatre cents coups et s'adonne à des petits larcins avec son amie Toni…
En quête de normalité
Comme pour son très remarqué "Contrôle d'identité" (2000), où Julia Hummer incarnait la fille d'anciens terroristes de la Fraction Armée Rouge sur le point de quitter la clandestinité, Christian Petzold fait à nouveau appel à l'actrice pour camper un personnage en marge qui rêve de retrouver une vie normale. Elle interprète ici une jeune vagabonde dont la personnalité renfrognée va s'ouvrir aux promesses heureuses d'une femme qui prétend être sa mère. Mais l'accès à la normalité s'avère malheureusement impossible, empêché par la violence diffuse et le sinistre fantôme d'une autre enfant, mais aussi, et surtout, par le fossé incommensurable qui sépare les deux couples principaux. Généreuses et mystérieusement sensuelles, Nina et sa bien-aimée Toni ne parviendront jamais à entrer réellement en contact avec ce couple de bourgeois français engoncé dans ses égoïsmes et ses traumatismes. Une incommunicabilité renforcée ici par les dialogues laconiques et les lieux déshumanisés de l'action (parkings vides, parc désert…) : un univers oppressant, propre au cinéaste, qui à force de flous, de faux-semblants et de silhouettes évaporées bascule dans le doute perpétuel et se laisse pénétrer subrepticement par une atmosphère fantastique. Troublant.